Head Above Water
Hamish Pearch

Head Above Water

 

Ils sont assis, blottis au bord de l’eau, un rassemblement silencieux d’orange, de vert, de magenta, de bleu. Alors que la lumière naissante se balance au dessus de leurs coques d’acier renforcées, les ombres éparses capturent les bords ondulés, trompées par l’illusion de profondeur. Rien ne transperce. Vus du ciel, ce sont des décorations militaires épinglées sur une large poitrine grise.

 

Ils sont retenus dans un lieu insignifiant, en attente d’une assignation. Cet endroit a une géométrie différente du reste de la côte. Il est fonctionnel et délibéré, constitué de prudentes incisions faites au sol tel le mécanisme interne d’un verrou complexe, et longé d’une fine jetée, rationalisant la côte dentelée en une simple ligne articulée.

Le port Fos de Marseille est un circuit imprimé, animé d’une intention discrète. De jour, les bateaux arrivants se bousculent, tels d’avides prétendants, pendant qu’une ligne de grues sentinelles pivote et se penche par dessus le béton, mélangeant les containers comme des cartes du tarot. L’atmos- phère est remplie de bruits industriels, de l’odeur du pétrole et du sel. Chaque mouvement est régi à distance.

 

De nuit, la danse mécanique poursuit son cours. La lumière du jour est remplacée par d’éblouis- santes fluorescences et des torches électriques. Les caméras de sécurités tressaillent au moindre mouvement tandis que des gardiens patrouillent le périmètre. Sous le bourdonnement toxiques des lampes incandescentes, les marchandises sont déchargées des camions, maintenues inertes, puis placées sur un tapis roulant et envoyées aux bateaux qui les attendent.

 

Ce lieu possède une énergie psychique unique. C’est un site de stockage et d’échange, chaque objet, idée et visage qui y passe laisse une empreinte. Ils plongent dans les gouttières et fleu- rissent hors du béton, fusionnant avec le paysage industriel et formant des identités composées, à plusieurs facettes. Le lieu lui-même, empli de fluctuation et de matière fragmentée, forme un état altéré, au delà du réel.

 

En dépit de l’invraisemblance d’acier et de béton, le site se révèle majoritairement constitué d’eau, et donc mutable. Les empreintes laissées possèdent ainsi une qualité subjective. De vagues images se font plus nettes : des yeux qui se détournent, un amas de cellules, une vague naissante. Ce qui pourrait être vrai ou ce qui aurait pu être fait. Le contenu, la provenance et la destination restent un mystère.

 

Les containers eux-même, définis et opaques comme l’arrière d’un crâne, se fondent en une unique masse convergente, tandis qu’ils sont conservés ensemble dans ce néant. Leurs piles/tas colorés s’allongent, ruban orgiaque d’identités possibles, pollinisé par l’atmosphère. Leurs inébranlables rebords mutent en terrains fertiles pour projections et extrapolations, alors que l’irrépressible océan remue en dessous.

 

Texte par Claudia Paterson

 

Head Above Water – Exposition personnelle Hamish Pearch est soutenue par Manifesta 13 Marseille, Fluxus Art Projects et Région Sud. Cette exposition fait également partie du PAC OFF 2020.

Exposition du 28.08 au 7.11.2020

Belsunce Projects présente Head Above Water, une exposition personnelle de l’artiste britannique Hamish Pearch, organisée en collaboration avec Sans titre (2016). Elle fait partie du programme de Manifesta 2020 / Les Parallèles du Sud.

Hamish Pearch (né en 1993) vit et travaille à Londres. Pearch a participé au programme post-diplôme de la Royal Academy de Londres de 2016 à 2019, après avoir obtenu son Bachelors of Arts, avec les honneurs, au Camberwell College. Il a eu des expositions personnelles à Soft Opening (Londres, 2019), SansTitre(2016) (Paris, 2018), New Relics àThames-side Studios (Londres, 2018), Premiums à la Royal Academy of Arts (Londres, 2018), Addams Outtakes à Roaming Projects (Londres, 2017), Does Your Chewing Gum Lose Its Flavour (co-commissariat et exposition avec William Rees) à J Hammond Projects (Londres 2018), Bloomberg New Contemporaries à Primary (Nottingham, 2015) et ICA (Londres, 2015). Son travail sera exposé lors d’une exposition de groupe à la Somerset House en 2020. Il a été finaliste pour le prix XL Caitlin en 2016.

Documentation photographique : Jean Christophe Lett